Avis : The Prodigies

TheProdigies
9 Note

L'ambiance | Les personnages

La fin trop brutale

Il y a certains films qui marquent plus que d’autres. Sans être forcément des chefs-d’œuvre sur tous les points, quelques productions ont la particularité de vous retourner complètement le cerveau, à tel point que vous y pensez encore plusieurs jours après la séance. The Prodigies est l’un de ces longs-métrages qui en plus de vous permettre de vous identifier aux protagonistes, prodigue une sensation à la fois de mal aise et de plaisir. Quand le film d’animation ressemble à s’y méprendre à la réalité, l’expérience est à la fois inédite et bouleversante.

Il y a 30 ans, était publié un livre nommé « La Nuit des Enfants Rois » de Bernard Lenteric. Trois décennies plus tard, l’histoire est adaptée au cinéma par le réalisateur français Antoine Charreyron sous le titre « The Prodigies ».  Et autant le dire tout de suite, le film d’animation n’a rien d’un divertissement familial, puisqu’il soulève des sujets très particuliers, voire dérangeants. La maltraitance, la vengeance, la haine, la solitude, mais aussi le viol. L’histoire commence alors que Jimbo Farrar, enfant, joue dans une salle. Tout d’un coup, ses parents se disputent, et font irruption sur son terrain de jeu. Le père hurle, frappe sa femme, et Jimbo, qui tente de s’interposer, va en prendre pour son grade : coups de ceinture au visage à de multiples reprises, la scène est d’une tension assez rare pour ce type de métrage. Elle laisse d’ailleurs place à quelques métaphores, comme la transformation en monstre du père, ou encore la destruction de l’environnement. Mais alors que les yeux de Jimbo changent de forme, l’instant de violence laisse place à un constat pour le moins étrange : la mère est morte, gisant sur le sol, le père est pendu par sa ceinture, et le seul survivant n’est autre que l’enfant. Dès lors, le spectateur est dans le flou le plus complet : Jimbo est-il coupable ? Et surtout, que s’est-il passé ?

Les années passent et nous retrouvons notre personnage marié à Ann, vivant confortablement dans un sublime loft et salarié d’une fondation à la recherche d’enfants surdoués. Et ce qu’on apprend au fur et à mesure que le scénario prend forme, c’est que Jimbo est l’un de ces enfants, tellement supérieur intellectuellement, qu’il peut contrôler le corps de n’importe qui. La fondation pour laquelle il travaille étant sur le point de déposer le bilan, notre héros va avoir l’idée d’organiser un concours de type « À la recherche de nouvelle star », appelé « American Genius », dont le concept sera de trouver, et donc de réunir, les 5 enfants dotés des mêmes pouvoir que lui. Mais un drame va toucher l’un d’entre eux. Conscients de leur talent révélé par Jimbo, ils vont alors décider de venger leur ami en détruisant tout être nuisible à l’humanité. Et par des événements bien précis, ils vont se sentir trahis par leur mentor, et vont lui faire payer son appartenance au monde des adultes.

Graphiquement, le film est tout simplement sublime. C’est également une très grande vitrine pour de nombreux sponsors : toutes les TV sont de marque LG, le téléphone de Jimbo est un Sony Ericson, sa voiture est une Audi, et des marques comme Game, Orange ou encore Chrysler sont également de la partie. L’ambiance est à la fois pesante et touchante, et va jusqu’à en donner des frissons tellement l’action souffre d’un réalisme assez hallucinant. Chaque personnage a sa propre identité, du héros jusqu’à sa femme, en passant par la directrice de la fondation et son avocat malhonnête. L’univers très « geek » renforce l’aspect surdoué des personnages avec du piratage et du test de connaissance dans un jeu vidéo d’une nouvelle ère (afin de trouver les surdoués).

Malgré une fin un peu trop brutale, on ressort de cette séance à la fois conquis et retourné. Le sentiment de gêne est perceptible sur les visages de tous les spectateurs, et chacun y va de son opinion. The Prodigies est un film d’animation à côté duquel il serait dommage de passer tant l’action est stressante : on assiste impuissants à la maltraitance puis à la vengeance de gosses incompris dont la volonté d’instaurer un monde meilleur passe par la mort de quelques déchets de l’humanité. Et vous, que feriez-vous avec de telles capacités mentales ?

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